Une transformation personnelle et des ressources inattendues

Nous nous rendons jamais compte de toutes les petites choses que nous réalisons de façon simple et en automatique lorsque nous sommes valides. Pour moi ce fut une découverte lorsque je suis rentré de l’hôpital après l’opération de mon genou, une LCA comme ils disent dans le métier. En effet, avoir des béquilles et une attelle m’empêche de faire les choses quotidiennes comme mettre la table, faire la lessive ou la cuisine car mes deux mains sont occupées et ma marche n’est pas très stable. Malgré le soutien de mon entourage, je ne peux pas décemment continuer à me faire aider sur ces activités. Il est urgent de trouver de nouvelle façon de faire avec ces 2 contraintes. Il est alors nécessaire de faire appel à mon esprit adaptatif.

Pour illustrer mon propos, je prends en exemple de mettre la table pour déjeuner. Aller chercher les assiettes, les verres, les couverts et tout ce qui est nécessaire pour déjeuner nécessite d’utiliser les deux mains. Mais voilà, avec les béquilles comme contraintes, je ne peux rien porter puisque j’ai les mains prises par mes béquilles ! Comment pourrais-je faire dans ce cas ? Une première solution simple et évidente est de demander à quelqu’un de mon entourage pour le faire ! La deuxième solution moins évidente et demandant un effort est d’imaginer d’autres solutions et de les expérimenter.

La première solution étant simple et évidente, elle fonctionne très bien. Mais voilà, après quelques jours, mon entourage n’est plus la pour m’aider ! Qui va bien pouvoir les remplacer ? Les enfants peut-être ? Ils sont à l’école, cela ne sera pas eux les victimes 🙂 Ma femme, peut être ? Elle est au travail. Un voisin compatissant, alors ? Non plus car je ne connais pas mes voisins car je viens d’emménager. Donc personne à ma rescousse.

Du coup, je dois arrêter de m’apitoyer à mon sort et d’imaginer un moyen de faire autrement. Je prends alors mon courage à deux mains, je retrousse mes manches et j’y vais ! Je tente une première expérience.

Comment puis-je déplacer des choses sans utiliser mes mains ? Mettons les affaires dans un sac. Je fais déjà cela pour le linge et cela marche plutôt bien. Il suffit ensuite de l’accrocher à la poignée d’une des deux béquilles (celle du côté du genou valide). L’idée est là. Concrètement dans quel type de container ? Le linge c’est souple et cela ne se brise pas ce n’est pas comme la vaisselle qui peut se casser lorsque les différents éléments la constituant s’entrechoquent. Le sac de linge propre ou sale se balance drôlement lorsque je me déplace. Cela ne me semble pas une bonne solution bien que cela soit une bonne pratique.

OK, la première solution envisagée ne fonctionne pas, que cela ne tient, je ne vais pas abandonner sur ce premier échec. La tentation est grande de ne pas prendre les béquilles et de marché sans. Mais à peine ai-je fait un pas que je sens l’instabilité, j’ai failli faire tomber la vaisselle. Ce qui n’est pas grave en soi. Mais j’aurai pu aussi tomber et me faire très mal.

Ce fut le rappel à l’ordre : plus de peur que de mal. Je sais que je peux rester debout sans marché et lâché mes béquilles tout en me stabilisant avec un élément à hauteur de hanche. En tendre les bras Je peux évaluer jusqu’ou je peux prendre et déposer les choses sans avoir à me déplacer. Je me mets à mesure la distance entre la table et le buffet. Et, je me rends compte que les deux sont espacés de 3 mesures.

J’ai une petite desserte qui va me servir de relais. Il suffit alors que je la déplace. La, je n’ai pas trop de choix, je ravale ma fierté et je demande de l’aide à un de mes enfants qui passait par la. Il a gentiment déplacé la desserte à l’endroit indiqué. Je n’ai plus qu’à me déplacer entre le buffet et la desserte pour y déposer ainsi les assiettes, les couverts et les verres dessus. Je me déplace et me positionne entre la desserte et la table. Le tour est joué ! Je peux maintenant mettre la table. Bien entendu, cette façon de faire est plus lente que de demander à quelqu’un de le faire et mais cela est bien plus gratifiant pour moi.

Pour résumer ce que j’ai découvert lors de ma rentrée de l’hôpital de par mon handicap :

  • Des choses simples deviennent compliquées lorsque de nouvelles contraintes apparaissent ou évoluent. L’esprit adaptatif aide à palier à cette difficulté.
  • Les émotions peuvent être de forts moteurs de changement.
  • Ne pas s’arrêter après un premier échec
  • Ne pas essayer à tout prix de reproduire les « bonnes » pratiques quand le contexte ne s’y prête pas

Si je fais le parallèle avec mon travail, je retrouve cela auprès des personnes que j’accompagne lors de transformation. Pour que les transformations réussissent, il est nécessaire de laisser:

  • l’autonomie aux personnes pour qu’elles apprivoisent les nouvelles contraintes ;
  • les personnes expérimenter par elle-même de nouvelles solutions ;
  •  les émotions comme la peur ou la colère qui peuvent être paralysantes ou au contraire des moteurs de transformation individuelle s’exprimer;
  • la possibilité de remettre en cause des « bonnes » pratiques importées ;
  • un espace pour qu’une expérimentation puisse aussi échouer.

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